Les histoires de l'âme

C’est cette prof qui a introduit LA BIBLIOTHERAPIE en Serbie

Guidée par la phrase de Franz Kafka disant qu’un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous, Aleksandra Drljević, prof de français langue étrangère et littérature française, a voulu rendre l’apprentissage du français avec ses étudiants encore plus agréable.

Durant une séance de bibliocréativité, ou bibliothérapie, les participants à l’Institut français de Belgrade prennent plaisir à analyser des mots et, connaissance de la langue et imagination unies, les utilisent pour de nombreux thèmes, et pour s’inspirer aussi, tout en mettant l’accent sur la quête du sens de la vie et en utilisant la littérature, qui remplace le chaos quotidien.

Elle a eu cette idée après avoir vu une émission télévisée et suivi une formation en France, mais avant tout après avoir été inspirée par des travaux scientifiques et des livres de Marc-Alain Ouaknin, écrivain et philosophe français, et par Michèle Petit, anthropologue et scientifique, tout autant.

« Aujourd’hui on vit dans une civilisation où seule une personne parle, et l’autre est passive. Il est des gens qui s’imposent par leur comportement, psychologie, caractère, mais il est tout aussi des gens ayant des choses à dire et voulant être entendus. C’est avec eux qu’on voit l’importance de ce côté thérapeutique de la bibliocréativité », m’explique-t-elle.

« Nous lisons les textes en français, qui est déjà une langue mélodique en elle-même, à voix haute, ce qui accentue davantage la musicalité. Une écrivaine et psychologue française a dit:« Si je n’avais pas lu Proust et son Albertine disparue, je n’aurais pas su ce que c’était la jalousie ni comment la surmonter, et peut-être n’aurais-je jamais su tomber amoureuse de quelqu’un. » La littérature possède un pouvoir extraordinaire. Durant les séances, une atmosphère se crée où la littérature « distribue » à chacun une loupe pour s’examiner à travers des personnages.

« Tout ce qui nous arrive dans la vie existe déjà dans la littérature », constate la prof, née à Belgrade, et qui a vécu en Italie, en Belgique et à Alexandrie. Elle travaille à l’Institut français de Belgrade depuis 2003.

Aleksandra Drljević dit qu’elle a reconnu dans les gens d’aujourd’hui, les intellectuels et les habitants de la planète, une volonté de parler d’eux par le biais de la langue étrangère, d’ouvrir les tiroirs de leurs commodes et de raconter même les détails les plus intimes de leur vie.

« La langue étrangère rend possible ce court changement d’identité, aide à ôter l’armure nous empêchant de dire beaucoup sur nous-même. Durant les séances d’atelier chaque participant parle de soi, et c’est pour cela que je choisis avec soin les textes riches en métaphores. Cette figure de style stimule l’imagination et donne à l’homme la possibilité de se faire voir à travers un prisme différent. »

Chaque séance commence avec un sujet prédéfini. Le jour où j’ai visité le groupe, le mot-clé était exil.

« La langue étrangère est un territoire à sa façon, un exil temporaire, car tout bouge pendant que nous parlons : et la langue, et le corps, et l’esprit. Plein d’écrivains ont abandonné leur pays natal et langue maternelle en raison de la politique ou autre et ont écrit leurs œuvres en langue étrangère. Silvia Baron Supervielle, Paul Celan, Emil Cioran, Tahar Ben Jelloun, Eugène Ionesco… J’ai apporté une fois une photo tirée d’une œuvre littéraire bien connue et j’ai demandé aux participants s’ils reconnaissaient l’architecture. Une d’entre eux a dit qu’il s’agissait de Naples et nous avons commencé à parler de la personnification des villes. Trieste était une femme rêveuse, Marseille une vieille prostituée, et Belgrade une association au courage. Nous avons attribué des sexes aux villes, et, une fois l’œuvre analysée, chacun pouvait présenter sa propre vision d’une ville idéale imaginaire », m’a raconté Aleksandra Drljević qui a introduit la bibliocréativité en Serbie.

Texte et photographies: Nenad Blagojević www.leshistoiresdelame.com (diffusion autorisée à condition de partager le lien vers le site www.leshistoiresdelame.com )

Traduit du serbe par Igor Ilić

 

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