Les histoires de l'âme

Cette maison belgradoise garde des HISTOIRES FRANCO-SERBES et on y sert le gâteau de LA REINE Natalija

Sur le domaine familial, dans la maison construite en 1896 qui appartenait à Jevrem Grujić, homme politique, diplomate et mémorialiste, ses descendants ont ouvert un musée privé. Y sont exposés des portraits de grands peintres serbes, des gravures, des meubles de style, la plus ancienne collection d’armes du Premier et du Second soulèvement serbe, des vêtements du XIXe siècle, des objets en porcelaine, bronze et faïence et de nombreux documents et artefacts.

On y trouve des œuvres de collections privées qui n’avaient jamais été présentées au grand public.
La maison est située au centre-ville de Belgrade, au 17 de la rue Svetogorska, ce qui autrefois représentait le faubourg.

Au XIXe et XXe siècle, les membres de sept générations de cette famille, depuis Jevrem Grujić, ont été ambassadeurs de Serbie dans des pays les plus influents – en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Suisse. La famille Grujić est même décorée de huit Légions d’Honneur !

Lazar Šećerović, directeur du musée qui habite l’appartement au-dessus, a accueilli l’éditeur des Histoires de l’âme dans la Maison de Jevrem Grujić et lui a raconté l’histoire francophone de cet édifice.

Durant le XIXe siècle, la Serbie a été tournée vers l’Autriche pour des raisons stratégiques, i.e. politiques et économiques, ce qui a poussé les étudiants serbes à faire leurs études à Vienne. Avec Jevrem Grujić on se réoriente vers la France et vers Paris, et les jeunes y partent faire leurs études.
« Il a expliqué la situation des Slaves du Sud dans un admirable livre, ce qui a retenti dans le Moniteur de Paris. Jevrem Grujić était ministre de la Justice, ministre des Affaires étrangères, président de l’Assemblée nationale et diplomate serbe à Constantinople et à Londres. »

Le fils de Jevrem Grujić, Slavko, était diplômé du lycée prestigieux de Versailles et docteur en droit. Ses mentions et les appréciations de ses professeurs sont conservées dans les archives familiales. Ce lycée était sous contrôle de l’Université de Paris.

La plus ancienne robe de mariée encore conservée qui date de 1856, et que Jelena Grujić avait portée, ainsi que la cave à liqueur dorée en cuivre et en bronze pour flacons et verres en cristal sont exposées ici. Le roi Milan et la reine Natalija Obrenović ont offert cette cave à Stana Ćurčić, la fille de Jevrem Grujić. Il s’agit d’une célèbre manufacture française des objets d’art (Laroux).

La maison de Jevrem Grujić garde un souvenir de la plus grande exposition universelle à Paris en 1889. En ce temps-là, le Grand Palais, le Petit Palais, la Tour Eiffel étaient bâtis. L’exposition a duré du mois de mai jusqu’au mois d’octobre, et 38 millions de visiteurs l’ont vue.

« La Serbie s’est présentée au Palais de Serbie, et la visite du président français, Sadi Carnot, était une grande honneur. À l’époque, la Serbie était la préférée de la France, et on espère bien qu’elle le sera de nouveau. Notre arrière-arrière-grand-père, Jevrem Grujić, a accueilli le président. Un mois et demi plus tard, Carnot est revenu, accompagné de ses ministres. Il a pris une heure et demie pour observer en détails ce que la petite Serbie a exposé à Paris », explique Šećerović pour les Histoires de l’âme.

L’entrée du pavillon serbe était ornée du blason royal. Les Français ont pu y trouver des tableaux des peintres serbes, des ouvrages artisanaux, des produits de Serbie ainsi qu’une spécialité gastronomique.
« Les Italiens ont offert du vin, les Grecques des olives, alors que les Serbes ont offert des pruneaux. Durant les six mois, les Parisiens se sont vu servir 1600 kg de pruneaux. »

Le portrait de la reine Natalija Obrenović est qualifié de la Joconde serbe. La reine a vécu longtemps en France, dans une villa familiale à Biarritz.

Dans ce musée, renseignez-vous sur son gâteau au chocolat dont la recette date de 1888 !

« La recette est connue, mais peu de gens savent qu’il faut y ajouter quelques soupçons de bon armagnac afin de donner au gâteau une touche française. La reine Natalija s’est fait servir le gâteau chaque fois où elle visitait cette maison, c’était son gâteau préféré, mais il attire nos touristes même aujourd’hui », a dit Šećerović pour les Histoires de l’âme.

Texte: Nenad Blagojević www.leshistoiresdelame.com (diffusion autorisée à condition de partager le lien vers le site www.leshistoiresdelame.com)

Photographies:La maison de Jevrem GrujićNenad Blagojević

Traduit du serbe par Dušica Terzić

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