Les histoires de l'âme

L’écotourisme dans l’ouest de Serbie: Marko a ouvert la première AUBERGE DE JEUNESSE VERTE

Sur la bouteille d’eau de vie, on lit «n’hésite pas», phrase reprise des inscriptions sur les coffres pour munitions utilisés lors de la Deuxième Guerre mondiale pour défendre Kadinjača, qui y étaient transférés de l’usine avoisinante. C’est également la seule chose non conforme aux postulats écologiques qui règnent dans l’auberge de jeunesse éco-durable Republik, un hébergement unique en Serbie, où on ne gaspille pas l’énergie ni l’eau et où près des interrupteurs, il y a une affiche qui vous invite à éteindre la lumière dès que possible.

Le meuble est fabriqué des palettes qui resteraient probablement dans un dépôt si elles n’étaient pas transformées en lits confortables.

C’est Marko Ristovski, 32 ans, qui a créé tout ça. Marko est hôtelier et guide touristique professionnel né à Užice, mais avant tout il est un pionnier du tourisme ‘vert’ en Serbie. Il a ouvert l’auberge de jeunesse Republik en 2013 ayant confiance en lui-même malgré l’étonnement des gens de son entourage.

«On veut atteindre l’indépendance énergétique. L’eau est chauffée dans un chauffe-eau solaire de 300 litres, et quand il n’y a pas de soleil, on utilise les granulés de bois. Être ‘vert’ en Serbie n’est pas évident, c’est difficile d’acheter des appareils de ce genre parce que ce n’est pas rentable au niveau des investissements et des revenus. Tout ce que vous pouvez voir ici est fabriqué à partir du matériel recyclé. Les casques, les livres, les chapeaux de pionniers, les foulards et d’autres objets de l’époque de Josip Broz Tito sont des cadeaux des gens gentils», raconte Marko en ajoutant qu’un homme lui a apporté un casque de la Seconde Guerre mondiale avec deux trous de balles, qu’il avait trouvé en labourant son champ.

«On a voulu lier notre indépendance énergétique avec l’indépendance de la République d’Užice de 1941. Malgré le côté politique de cette histoire, ce sont les habitants d’Užice qui ont contribué à ce qu’Užice soit le premier territoire libéré en Europe, durant 67 jours. Dès que les touristes arrivent, ils sont inspirés et ils posent de nombreuses questions, alors on les emmène en excursion.»

Pendant la haute saison touristique, Marko passe presque chaque jour dehors emmenant des touristes à Kadinjača, Uvac, Zlakusa, Mokra gora, Sirogojno, Parc naturel de Tara… Tous ces endroits magnifiques sont éloignés de la ville entre 100 et 150 kilomètres, ce qui fait que les clients aiment rester chez Marko même toute une semaine.

«En tant qu’hôtelier, j’ai travaillé à Belgrade dans des hôtels de 3 jusqu’aux 5 étoiles, j’ai aussi travaillé en croisière. Une fois que j’ai senti avoir suffisamment de savoir-faire, j’ai démarré ce projet. J’aimerais que l’ouest de Serbie devienne une destination ‘verte’ étant donné qu’il y a beaucoup de parcs naturels sur ce territoire.»

Il se rappelle qu’au début, des gens étaient souvent étonnés devant l’idée d’une auberge de jeunesse ‘verte’. C’est grâce aux autres et pas Marko qu’ils ont compris qu’il s’agissait d’un projet sérieux.

«Ma femme, à l’époque ma copine, était mon plus grand support. Elle a maintenu cette auberge pendant que j’emmenais des touristes partout à Užice et ses alentours. Pendant la première année, je n’étais consacré qu’à la promotion des excursions, je ne pensais pas aux revenus.»

Sa motivation pour ne pas tout abandonner est le livre d’or, c’est-à-dire les commentaires élogieux de ses clients des quatre coins du monde. Il me révèle qu’à plusieurs reprises, il a voulu fermer son auberge à cause des coûts élevés, mais il a quand même persisté.

«On n’est pas à Belgrade, Novi Sad ou Niš, on n’a pas énormément de touristes. On a quand même commencé à se développer de toutes nos forces pour que notre petite ville se distingue parmi les autres destinations touristiques. Disons-le sans fausse modestie, avant nous, il n’y avait pas de bon hébergement ici, maintenant il y en a une vingtaine» – raconte Marko sincèrement.

Nous avons discuté de ses plans pour l’avenir. Mon interlocuteur souhaite construire sur le toit de l’auberge une centrale solaire de capacité d’une vingtaine de kilowattheures par jour afin de satisfaire les besoins.

«On a même des bénévoles de l’étranger qui travaillent quatre heures par jour, cinq jours sur sept et en revanche, on leur offre l’hébergement, le petit déjeuner inclus, et en plus, je les emmène en excursion quand il y a des places disponibles. Christie, originaire d’Australie, est partie aujourd’hui, et nous accueillons encore Diego, un Uruguayen qui habite à Užice depuis deux mois et demi» – raconte cet enthousiaste qui lutte pour le tourisme.

 

Texte et photographies: Nenad Blagojević www.leshistoiresdelame.com (diffusion autorisée à condition de partager le lien vers le site www.leshistoiresdelame.com )

Traduit du serbe par Jovana Milovanović

les articles similaires

Est-ce que vous aimez cet article?

Votre e-mail ne sera pas publiée