Les histoires de l'âme

Un musicien est de Belgrade, l’autre de Paris, et ils communiquent en LANGUE DU JAZZ

Uglješa Novaković (34), célèbre saxophoniste et compositeur serbe, et Hugo Afettouche (22), multi-instrumentaliste français (soprano, alto, ténor et baryton, saxophone, piccolo et flûte traversière), se sont rencontrés un jour avant notre voyage à Novi Pazar.

Dans le cadre de la tournée Le tour de Sax, ils ont joué ensemble des concerts dans plusieurs villes serbes telles que Novi Pazar, Kraljevo, Gornji Milanovac, Pirot, Leskovac et Belgrade.

Invité par l’Institut français, moi aussi j’ai décidé de voyager avec eux et ai eu l’occasion de côtoyer les musiciens pendant deux jours et d’en apprendre plus sur le genre musical que je n’écoute pas souvent.

Même s’ils ne savaient pas grand-chose l’un de l’autre, les artistes serbe et français se comprenaient impeccablement sur scène, et ce fait est dû non seulement à leur talent et professionnalisme, mais aussi, comme m’a dit Uglješa, à la langue internationale du jazz dont les musiciens sont locuteurs. Ils ont joué ensemble des morceaux originaux qu’ils créent, chacun pour soi, dans les Balkans et en France.

« C’est toute la beauté du jazz. Peu importe où vous allez et avec qui vous jouez, vous parlez une même langue sur scène. Le jazz ne connaît ni nation ni religion, tout est universel et c’est là sa plus grande beauté. », me raconte Uglješa.

Uglješa est né en 1983 à Belgrade et a fini son master à la Kunstuniversität Graz. Il était élève du légendaire saxophoniste Don Menza et a joué avec Gregory Hutchinson, Duško Gojković, Tony Lakatos, Martin Gjakonovski, Claus Raible… Il est enseignant au département du jazz de l’école de musique Josif Marinković à Vršac.

Son collègue français Hugo, 12 ans plus jeune, a appris le saxophone classique chez Vincent David, et le saxophone jazz chez Sylvain Beuf. Il a étudié au CRR de Paris, ainsi qu’au CNSMD de Paris, et est actuellement en dernière année d’études. Il me dit que c’est la toute première fois qu’il est dans les Balkans !

« J’adore la Serbie. Les gens sont très accueillants et infiniment ouverts. J’ai 22 ans, mais je ne savais rien sur les pays des Balkans jusqu’à ce moment. Ni mes parents ni mes amis ne sont jamais venus ici. », m’avoue-t-il.

« Je voyage souvent, mais je n’ai pas toujours le temps pour les découvertes. En général, le rythme est le suivant : de l’avion en bus, puis au concert, puis de nouveau en avion. Je pense qu’en Serbie j’aurai ce temps pour me promener en touriste. », me dit Hugo, qui est suivi dans ses voyages par une petite valise et son saxophone. Il m’a raconté qu’il était le premier dans sa famille à entrer dans le monde de la musique.

« Je joue depuis mes 7 ans, et je suis tombé amoureux du jazz à l’âge de 3 ans. Je me rappelle le temps où j’étais en vacances dans les Alpes avec ma famille et j’écoutais le CD de célèbre Count Basie. Ma mère et mon père m’ont inscrit à une audition après, suite à laquelle je me suis inscrit à une petite école de musique et je suivais des formations à Versailles. », se souvient-il.

C’est Hugo au centre de Novi Pazar

Enfant, Uglješa jouait du piano, et son amour pour le jazz a débuté à l’adolescence, tandis qu’il a commencé à le jouer sur scène en tant qu’étudiant.

« J’en avais assez du piano et de la musique classique, surtout parce que ça peut être frustrant dans nos écoles, mais pas ennuyant. Le jazz est devenu ma vie. Il m’a apporté cette liberté de ne pas travailler 8 heures et de ne pas passer mes après-midi devant la télé. Il m’apporté la liberté en sens musical aussi. », explique Uglješa pour Les histoires de l’âme.

Tous les deux étaient d’accord que seuls la qualité et le travail en équipe importent sur scène et rien d’autre. Ils m’ont souligné que chaque artiste doit être prêt aux compromis.

Je n’ai pas eu de difficulté à comprendre que c’est plus facile en France, car, à la différence de la Serbie, on peut y vivre du jazz. C’est pour ça que beaucoup de jeunes artistes serbes collaborent avec plusieurs groupes afin de garder et le travail qu’ils aiment et leur qualité.

Texte: Nenad Blagojević www.leshistoiresdelame.com (diffusion autorisée à condition de partager le lien vers le site www.leshistoiresdelame.com )

Photographies: Nenad Blagojević, Azer Biberović

Traduit du serbe par Igor Ilić

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